Programme de recherche

Mes travaux de recherche questionnent les processus de subjectivation et de reconnaissance qui traversent les dynamiques de construction personnelle et professionnelle de soi. Ils sont construits à partir d’enquêtes empiriques ayant pour objets les usages sociaux (personnels, éducatifs, professionnels) des technologies numériques d’information et de communication ainsi que les modalités d’agencement et/ou de changement dans les parcours de vie. Ces recherches ont été fondées sur une approche sociologique qualitative et critique, dont les attendus sont à la fois réflexifs, explicatifs, normatifs, dialectiques et pratiques.

Entre 2009 et 2016 (période durant laquelle je m’inscrivais dans le cadre conjoint des Sciences du Langage et des Sciences de l’Information et de la Communication), le travail a été principalement focalisé sur les phénomènes de contribution et de participation numérique, et notamment les pratiques de production d’information et d’expression de soi. Ces enquêtes m’ont amenée à contribuer au courant de la sociologie critique des usages à partir duquel j’ai pu appréhender les usages numériques, non comme des rapports individuels et fonctionnels à un objet technique, mais comme des rapports sociaux matérialisés (Roqueplo, 1983 ; Jouet 2000), touchant conjointement des dimensions objectives et subjectives de l’identité sociale d’un individu et pouvant tout autant faire émerger des formes d’habilitation, de capacitation, voire d’émancipation, que des formes d’inégalité, de domination, d’exploitation, de réification, voire d’aliénation. A l’occasion de ces travaux, il m’a été possible de travailler les notions d’appropriation et de trajectoire d’usage, de capital numérique et d’inégalité numérique, d’expérience personnelle de soi et de reconnaissance (sociale et subjective) ;

Depuis 2016, année de mon arrivée en Sciences de l’Éducation et de la Formation et de mon entrée au CREAD, la question du travail est devenue un objet plus central dans mes recherches. Il faut ici préciser que le rapport entre numérique et travail a donné lieu ces dernières années à de nombreuses recherches, massivement centrées sur l’analyse des nouvelles formes d’exploitation du travail et de précarisation de l’emploi à travers l’usage des plateformes numériques (i.e. digital labor : Cardon et Casili, 2015 ; Fuchs, 2014 ; Haber, 2018 ; Scholz, 2016), des nouveaux métiers liés au développement des applications et du traitement de données numériques autoproduites (Abdelnour, Meda, 2016), ou des nouvelles formes de travail « à la frontière » entre activité amateur et activité professionnelle (Flichy, 2017). Si, à raison, ces recherches ont veillé à documenter les évolutions, voire les mutations, du travail et de l’emploi avec le numérique en insistant sur les phénomènes émergents, l’on trouve assez peu de travaux interrogeant les changements que le numérique est susceptible d’induire sur le travail et les métiers déjà existants (Saint-Laurent Kogan, Metzger, 2013). Ainsi aujourd’hui, mes recherches visent à : 1) questionner la manière dont l’introduction (imposée ou choisie) des outils numériques dans les espaces, les activités et les gestes professionnels participe de la transformation du travail et des métiers ; 2) examiner les conséquences de ces « transitions numériques » (telles que nommées dans les discours de la Start Up Nation) sur les trajectoires, les transitions ou les bifurcations biographiques professionnelle des individus et les processus de professionnalisation / déprofessionnalisation qui les accompagnent ; 3) documenter les enjeux (pour l’instant largement invisibilisés) que ces transitions numériques font émerger pour la conception de formations initiales et continues à visée émancipatrice. Ce projet nourrit actuellement les activités pédagogiques développées dans le cadre du Master TEF (Technologies pour l’Education et la Formation) que je pilote à l’Université Rennes 2 ainsi que les activités scientifiques au fondement la préparation de l’Habilitation à Diriger des Recherches (dont le garant est Jérôme Eneau).

 

Direction d’ouvrages scientifiques (DO)

(2020) (avec S. Collin, N. Guichon et E. Schneider), Critiques du numérique en éducation : méthodes et perspectives, Paris, coll. Sciences Sociales – Matérialismes, Presses des Mines (à paraître).

(2019) (avec F. Granjon) (dir.). Uzeste. Politiques d’Uz : critique en étendue (tome 2), Rennes, Les Ed. du Commun.

(2018) (avec F. Granjon) (dir.). Politiques d’Uz : vivacités critiques du réel (tome 1), Rennes, Les Ed. du Commun.

(2014) (avec F. Granjon et A. Aubert), Médias numériques et participation. Entre engagement citoyen et production de soi, Paris, coll. MediaCritic, Mare&Martin.

(2011) (avec F. Granjon) (dir.), Communiquer à l’ère numérique. Regards croisés sur la sociologie des usages, Paris, Coll. Sciences sociales, Presse de l’Ecole des Mines. –> Entretien dans InternetActu suite à la publication de l’ouvrage

 

Articles dans des revues indexées avec comité de lecture (ACL)

(2019), « D’une approche sociocritique à une approche sociotechnique critique des usages numériques en éducation », Formation et profession (n° thématique Les théories critiques et le numérique en éducation: quelles propositions théoriques et quelles applications empiriques), vol. 27, n°3, p.36-48

(2017a), « L’école, le numérique et l’autonomie des élèves », Hermès (n° thématique Les élèves, entre cahiers et claviers), n°78, p. 80 – 86.

 (2017b), « Faire, défaire, refaire famille. Usages et sociabilités numériques à l’épreuve des bifurcations biographiques », Dialogue  (n° thématique Couples, familles et objets connectés), vol. 3, n°217, p. 31 – 44.

(2013) « Production participative d’information sur internet : expression citoyenne, engagement civique et culture de soi », Recherches en communication (n° thématique Médias et cultures de soi), n° 36, p. 71 – 84.

(2011), « Identité », Communications (n° thématique Les cultures du numérique), n° 88, p. 75 – 81.

(2010) (avec F. Granjon), « Exposition de soi et reconnaissance de singularités subjectives sur les sites de réseaux sociaux », Sociologie, n° 1, vol. 1, p. 25 – 43. 

 

Chapitres d’ouvrages scientifiques (OS)

(2020a). « Autonomisation, capacitation, émancipation. Enjeux de la réflexivité critique dans une formation universitaire aux métiers de l’ingénierie techno-pédagogique », in S. Collin, J. Denouël, N. Guichon et E. Schneider (dir.), Critiques du numérique en éducation et formation, Paris, coll. Sciences Sociales – Matérialismes, Presses des Mines (en préparation).

 
(2020b) (avec C. Fluckiger).« Eléments pour une sociologie critique du numérique en éducation et formation », in S. Collin, J. Denouël, N. Guichon et E. Schneider (dir.), Critiques du numérique en éducation et formation, Paris, coll. Sciences Sociales – Matérialismes, Presses des Mines (en préparation).
 
(2019a) (avec F. Granjon). « Les sciences sociales à l’épreuve d’Uzeste : retour sur un engagement », in J. Denouël et F. Granjon (dir.), Uzeste. Politiques d’Uz : critique en étendue (tome 2), Cesson-Sévigné : Ed. du Commun, p. 21-76.
 
(2019b). « ‘Uzeste, c’est toute l’année’ : parcours de vie, engagement et capacitation à l’épreuve de la ruralité », in J. Denouël et F. Granjon (dir.), Uzeste. Politiques d’Uz : critique en étendue (tome 2), Cesson-Sévigné : Ed. du Commun, p. 349-380.
 
(2018a) (avec F. Granjon). « Hétérotopies, UZ-topies et sociologie à vivre », in J. Denouël et F. Granjon (dir.), Politiques d’Uz : vivacités critiques du réel (tome 1), Cesson-Sévigné : Ed. du Commun, p. 15-46.
 
(2018b) (avec F. Granjon). « Uzeste mélancolique », in J. Denouël et F. Granjon (dir.), Politiques d’Uz : vivacités critiques du réel (tome 1), Cesson-Sévigné : Ed. du Commun, p. 253-286.
 
(2017), « Le projet : approche théorique », in S. Maillès-Viard Metz, M. Lê Hung, C. Pélissier et S. Kennel, (dir.), Le projet : les pratiques en IUT, Paris, L’Harmattan, p. 25-50.
 
(2015a) (avec M. Laurent, C. Levallois-Barth et P. Waelbroeck), « Digital identities », in M. Laurent & S. Bouzefrane (dir.), Digital Identity Management, Londres, ISTE Editions, p. 18 – 88.
 
(2015b), (avec M. Laurent, C. Levallois-Barth et P. Waelbroeck), « Les identités numériques », in M. Laurent et S. Bouzefrane (dir.), La gestion des identités numériques, Londres, ISTE Editions, p. 19 – 89.
 
(2014a), « Expressions de soi et modalités de reconnaissance en ligne. Eléments pour une approche interactionnelle et socio-discursive des identités numériques », in H. Bourdeloie et D. Douyère (dir.), Méthodes de recherche sur l’information et la communication, Paris, coll. MediaCritic, Mare&Martin, p. 209 – 225.
 
(2014b) Expressions citoyennes et expressions de soi », in Médias numériques et participation. Entre engagement citoyen et production de soi, Paris, coll. MediaCritic, Mare&Martin, p. 65 – 117.
 
(2012) (avec F. Granjon), « Lien social, sociabilités numériques et sites de réseaux sociaux », in M. Amar et V. Mesguich (dir.), Bibliothèques 2.0 : A l’heure des médias sociaux, Paris, Editions du Cercle de la librairie, p. 23 – 31.
 
(2011a) (avec F. Granjon), « Penser les usages sociaux des TNIC », in J. Denouël et F. Granjon (dir.), Communiquer à l’ère numérique. Regards croisés sur la sociologie des usages, Paris, Coll. Sciences sociales, Presses de l’Ecole des Mines, p. 5 – 41.
 
(2011b) (avec B. Bonu), « Analyse de conversation et sociologie des usages », in J. Denouël et F. Granjon (dir.), Communiquer à l’ère numérique. Regards croisés sur la sociologie des usages, Paris, Coll. Sciences sociales, Presses de l’Ecole des Mines, p.187 – 220.